Sous le patronage de la Commission nationale française pour l’UNESCO, la session d'automne de la Résidence de Recherche pour le Bien Commun s'est tenue du 3 au 18 octobre 2025 dans le cadre bucolique du Pays d'Auge. Cette session inédite a réuni trois lauréats pour explorer les thématiques de l'énergie, des risques environnementaux et de la communication avec le vivant.
Pour cette édition, la résidence s’est installée pour la première fois chez des particuliers, à Repentigny. Les chercheurs ont été accueillis dans une belle demeure familiale à colombages, offrant un calme absolu et un environnement de travail privilégié. Ce "somptueux écrin de verdure" a permis aux résidents de s'extraire de la pression administrative universitaire pour se consacrer pleinement à la réflexion et à l'écriture. Le lieu a favorisé une productivité accrue grâce à des conditions de vie optimales et une configuration facilitant à la fois le partage de réflexions et la concentration individuelle.
Louis Lasnon : L’énergie comme lien social
Parcours et Recherche : Doctorant en sociologie et démographie à l’Université de Caen, Louis réalise sa thèse en dispositif CIFRE avec Vinci et le GIP EPAU. Ses travaux portent sur le rôle des communautés locales d’énergie dans la transition énergétique.
Objectifs et Réalisations : Son projet, intitulé « L’énergie : bien commun, bien public ou “bien de club” ? », visait initialement la rédaction d'un article scientifique. Grâce à la résidence, sa réflexion a mûri pour devenir un projet d'ouvrage de référence sur les communautés énergétiques, actuellement en discussion avec un éditeur.
Convictions : Pour lui, l'énergie n'est pas qu'une question technique de kilowatts, mais une histoire humaine de coopération. Il défend une « démocratie énergétique » où la transition est co-construite et juste.
« La vraie révolution énergétique ne se joue pas seulement dans les technologies, mais dans notre capacité à faire société autour de ce qui nous relie ».
Nicolas Verlynde : Comprendre les risques pour mieux s'adapter
Parcours et Recherche : Docteur en géographie et ingénieur de recherche chez Mayane Resilience Center, Nicolas est un spécialiste de la résilience des territoires face au changement climatique.
Objectifs et Réalisations : En s'appuyant sur 250 diagnostics de vulnérabilité en Baie de Somme, il a cherché à mesurer l'écart entre la vulnérabilité technique et la préoccupation réelle des habitants face aux inondations. Durant son séjour, il a posé des jalons méthodologiques indispensables pour traiter ces données complexes.
Convictions : Il croit fermement que la science doit servir l'action publique en renforçant les liens de confiance entre populations et institutions.
« Mettre la science au service de l'action, pour transformer la perception du risque en levier d'adaptation et de résilience collective ».
Claire Gauzente : Une attention renouvelée au Vivant
Parcours et Recherche : Professeure des Universités à Nantes et artiste, Claire est une chercheuse "post-disciplinaire" qui explore l'intersection entre les sciences de gestion et la pratique artistique.
Objectifs et Réalisations : Son projet de « recherche-création », intitulé « Contribution à une thérolinguistique appliquée », étudie la communication et l'écriture chez les escargots (Helix aspersa). Elle a atteint son objectif idéal en produisant un manuscrit de 125 pages.
Convictions : Pour Claire Gauzente, la pratique artistique décroissante ne relève pas d'une esthétique figée, mais d'une éthique et d'une sensibilité fondées sur une « micropolitique du sensible ». Cette démarche privilégie la modestie des moyens, utilisant les « moyens du bord », des matériaux de récupération et des technologies obsolètes pour interroger l'acte même de produire une œuvre. Elle impose un étirement temporel indispensable, respectant les rythmes naturels et non négociables du vivant — comme l'hibernation ou l'estivation de l'escargot — pour s'opposer à l'accélération sociale contemporaine. Inspirée par la « convivialité » d'Ivan Illich, cette pratique favorise l'autonomie et l'accessibilité tout en remettant en cause la figure de l'auteur unique au profit d'une co-construction avec des êtres « autres-qu'humains ». Enfin, à travers l'éthique du care, elle vise moins un impact quantitativement mesurable qu'une transformation profonde des imaginaires par une attention renouvelée à la communauté des vivants.
« Être entières, c'est être en capacité de cerner l'ensemble de nos ressources en les mettant en résonance avec le vivant ».
Le 16 octobre 2025, la Filature des Possibles à Lisieux a accueilli environ 40 personnes pour une table ronde riche en échanges entre les chercheurs et des experts du territoire. Ce tiers-lieu, symbole d'innovation sociale, a servi de pont entre la recherche académique et les préoccupations citoyennes.
Ils ont pris la parole :
Julien Albert, Directeur du Développement Durable de Lisieux-Normandie : « Cette soirée fut une véritable "bouffée d'oxygène". Elle permet de prendre le recul nécessaire sur les raisons fondamentales qui guident notre travail de préservation ». Il a souligné l'intérêt de ramener la recherche à proximité des usagers qui habitent le territoire.
David Boilley, Vice-Président Délégué Transitions de l'Université de Caen : « Le savoir est le premier des biens communs. Il est fondamental que les chercheurs, financés par les deniers publics, restituent leurs résultats à la population ».
Olivier Desplebin, Vice-Président de l'Université de Rouen : « Ce modèle est d'une originalité remarquable. Il répond à un besoin criant : favoriser la pluridisciplinarité, chose difficile dans les laboratoires universitaires ». Il a rappelé l'importance de produire une science qui a du sens face aux défis de l'Anthropocène.
Cette session à Repentigny a démontré que la cohabitation de chercheurs partageant des objectifs de rédaction scientifique crée une « symbiose unique », renforçant l'impact de leurs travaux sur le Bien Commun.